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Fatal orgueil….des conservatoires !

Extrait d’une revue dont je tairai volontairement le nom, afin de ne pas lui nuire…

    Qui de nos jours n’a jamais entendu parler de « l’exception culturelle française » ? L’intérêt pour notre patrimoine n’ayant peut-être jamais été si grand, il suffit d’ouvrir son journal ou d’allumer son téléviseur pour constater tous les efforts que font les médias pour nous convaincre que la France est bien une terre d’exception !

    Mais, dans le monde de la musique, il est une exception qui, si elle agit de manière assez discrète, n’en est pas moins aussi pernicieuse qu’ignorée. Les conservatoires sont, dans notre beau pays, le seul et unique moyen d’apprendre et de pratiquer la musique à un niveau semi, voire pleinement professionnel. Les autres « écoles de musique », publiques, privées, associatives, ou même encore les seuls professeurs particuliers ne sont pas considérés  aujourd’hui comme capables de produire des virtuoses : leurs élèves sont ainsi condamnés dès leurs premières années d’apprentissage à l’amateurisme, à une pratique musicale relevant du seul divertissement du dilettante qui, tel un héros du décadentisme, se pique de tout et ne s’arrête sur rien.

    Pourquoi une telle mainmise ? C’est au fond très simple. Comme on s’en doute, le conservatoire est un monde à lui seul, avec ses propres règles et sa propre politique, créant ainsi ce que certains appelleront « sociabilité savante », et d’autres « mafia ». En effet, dans un assez grand nombre de cas, les règles qui régissent les mentalités des instances dirigeantes d’un conservatoire ne sont pas systématiquement dictées par des principes artistiques (doux euphémisme pour dire qu’elles en sont totalement dénuées…), mais par des manœuvres politiques en tout genre et/ou (on choisira) par des prétextes fallacieux ; cela produit parfois des aberrations. Pour citer un exemple illustre, que restait-il au jeune Franz Liszt, en 1823, après s’être vu refuser l’entrée de ce qui ne s’appelait pas encore le Conservatoire de Paris sous le prétexte qu’il n’était pas français, sinon les cours particuliers ? Il suffira de consulter la biographie de ce génial compositeur pour savoir que cet obstacle fut bien vite renversé, et que cela ne mit, fort heureusement, aucun frein à sa carrière. Mais voilà un exemple qui révèle une spécificité profonde de notre mode de fonctionnement, car pour n’aller qu’en Europe, on ne trouve pas comme c’est le cas chez nous un tel effacement de la figure paternelle du « Maestro » devant celle de l’institution, institution sans le cachet et l’aval de laquelle il n’est pas possible pour un jeune instrumentiste (aussi virtuose soit-il) de percer en France.

     Le chant, qui nous intéresse plus particulièrement ici, ne fait malheureusement pas exception. C’est même encore pire, puisqu’aux constatations que nous venons de faire se greffe un problème théorique. En effet, le choix de la méthode fait déjà débat, et constitue à lui seul un point de friction entre les différents modes d’apprentissage, ce qui n’existe pas à notre connaissance pour les autres instruments. On voit aisément à quelles conséquences nous entraîne ces polémiques, à nous amoureux de l’Art lyrique : il se retrouve enfermé dans une nomenklatura agitée par des controverses auxquelles le public ne comprend rien. Petit à petit, c’est la tombe du chant d’opéra qui se creuse, alors qu’il n’est pas d’art plus populaire, puisque l’instrument (la voix humaine) est connu de tous, puisqu’il n’est nul besoin de salle de concert pour chanter ; un seul élément pourtant lui est vital : le public et ses applaudissements.